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lundi 19 août 2013

Qui a pu fermer autant d'oreilles ?

"Comme un fruit suspendu dans l’ombre du feuillage,
Mon destin s’est formé dans l’épaisseur des bois.
J’ai grandi, recouvert d’une chaleur sauvage,
Et le vent qui rompait le tissu de l’ombrage
Me découvrit le ciel pour la première fois.
Les faveurs de nos dieux m’ont touché dès l’enfance ;
Mes plus jeunes regards ont aimé les forêts,
Et mes plus jeunes pas ont suivi le silence
Qui m’entraînait bien loin dans l’ombre et les secrets."

Maurice de Guérin

vendredi 2 août 2013

L'espace d'un baiser

Cette après-midi il n'y eut rien de plus beau que  ce passage où tu m'as rendu tes lèvres ; leur parfum, leur goût, subsistèrent jusqu'après ma douche du soir. La légère acidité de ta salive dont l'empreinte embaumait mes habits, reflétait la grâce de chacune des femmes que j'avais connues. Je m'endormirai sur cette note. Tu n'avais pas seulement posé ta chair sur ma chair, mais à travers ce geste encerclé ma solitude.

De ces quelques instants, je ne retirai pas le plaisir attendu, mais une chaîne de sensations qui fut la colonne vertébrale, la réécriture, la justification de mon existence sur cette terre ; nous n'étions pas seuls, nous étions seuls avec Celui qui est seul. Il regardait par nos yeux, et touchait aussi bien qu'il mesurait chaque caresse.

Il n'était pas autant ébloui qu'il put nous le communiquer. il était aussi joyeux que nos cœurs pouvaient le chanter et nos corps le danser. Il est passé, invisible et inévitable, tel l'inspirateur de noces accomplies dans l'herbe, selon son projet.

vendredi 12 juillet 2013

Notre épitaphe

Un jour quelqu'un écrira notre épitaphe commune. Bien que nous soyons de parfaits inconnus pour la plus grande part du monde et que notre amour soit plus secret que le glissement d'une molécule d'eau contre une autre au fond de l'océan.

Cette épitaphe ne sera pas écrite sur nos tombes, elles ne seront d'ailleurs pas plus jointes par elle. Elle se synthétisera comme l'écume sur les rochers pour disparaître et renaître ailleurs. Elle n'aura pas de fin et se transportera d'une planète vivante vers une autre.

L'artiste qui la produira est un être juste, qui, de passage, se sera arrêté un instant, tout près de l'un de nos lieux favoris, aura senti la présence d'un amour sincère et généreux, qui continue de couler comme une source vive.

La langue de cette épitaphe sera compréhensible par toutes les intelligences de l'univers, et peut-être même sera-t-elle créée pour l'occasion. Elle n'aura pas plus de mots qu'il n'en faut pour comprendre comment on allume ou éteint une chandelle.

Trois enfants, un jour, captureront son message en l'écrivant au hasard sur le sable. Et leur seront épargnés, pour la suite de leur vie, peines et tristesses communes à tous les esprits sensibles. Ils nous ressembleront sans le savoir et briseront dans l'espace de leur vie, autant de chaînes que chaque prisonnier qu'ils approcheront auront eu de larmes.

lundi 8 juillet 2013

Elle seule est capable de se reconnaître

Mon amour.
La vie est belle, je le sentais, mais tu me l'as confirmé.
En fait la vie se sublime, soit par peur de te perdre, soit par peur de ne plus rejoindre l'horizon de tes bras.

Mon amour.
La vie est intacte, même si nos esprits sont parfois brisés sur quelques heures et que l'état de nos corps le reflète par des moues quotidiennes ou des énervements. Nous ne célébrons jamais assez la vie sauf dans des draps et sur des couches, lors d'instants ou de longs moments que tu choisis.
Mon amour, il n' a rien d'odieux ni d'illicite dans l'amour, surtout lorsqu'il est vécu profondément comme une aube qui ne s’éteint jamais.

Surtout lorsque deux personnes croisent deux regards d'enfant dans l'obscurité.
Nous ne voyons jamais assez clair que lorsque les rideaux sont fermés.
Nous ne sommes jamais aussi proches de la vérité que lorsque nous avons quitté ces vêtements qui sont au quotidien le commencement du mensonge.
Nous ne donnons jamais autant que lorsque nous ne savons plus quoi donner, et que nous le donnons par pure grâce de l'instant, sans y avoir réfléchi.

Mon amour.
Ta démarche comme tes hanches, définissent le chemin des trésors perdus et sans cesse retrouvés par ceux qui n'ont rien compris et se retrouvent nus, perdus, encerclés de pauvreté dans un bain de fièvre qui a la couleur de l'éternité.