Avec toutes ces congrégations de l'ombre, qui drainent un peuple et se croient autorisées à pratiquer le mal sous les auspices du bien, nous ne sommes pas à l'aise. Qu'au détour d'un dîner, les conversations s'enchaînent en société sur des sujets neutres, familiaux, tribaux en filigrane ; des exemples nombreux tirés de la vie quotidienne. Cela, en revanche, nous laisse distraits.
Nous avons un penchant pour les figures religieuses et leurs bras suspendus, pris dans la trame des toiles de maîtres. Cependant, nous devinons la multitude qui, parfaitement immobile, résignée, travaille en silence et par la pensée à réduire son semblable au néant. Simplement, directement, patiemment, sans aucune notion du péché.
C'est avec ce constat, que chaque soir tu fais croire à ton mari que tu plonges à nouveau, avec délice, dans les vapeurs du vin rouge. De retour du bureau, il dénoue alors sa cravate, rassuré, te croyant occupée par l'une de tes anciennes passions de jeunesse : la boisson et seule.
En effet, si l'on croit vulgairement les hommes toujours près de perdre leur compagne, personne n'est en mesure de s'imaginer qu'il soit possible de tromper un vice ancré dans l'être. Que celui-ci habite si profondément la créature soumise, qu'il semble improbable que sa prisonnière puisse trouver l'énergie d'une vie parallèle.
Je t'aime donc pour tes voiles, tes faux semblants et je ne te suivrais plus là où tu n'auras plus de secrets, ou là où je serais en peine d'en trouver parce que j'aurais changé et que j'aurais rejoint l'assemblée des rieurs et des assassins. Lorsque j'aurais perdu cette sensibilité au moindre de tes gestes, au point que je croirais les avoir tous devinés par avance, comme un gros benêt, libre et fort.
Du seuil de l'appartement à la porte du taxi, tu t'es plainte d'un mauvais choix d'escarpin. Les derniers en date, d'un design apparent confortable, te blesseraient les pieds au bout de cinq minutes. Tu es remontée, il t'a attendu quinze minutes, puis s'est rendu chez vos amis sans prendre la peine d'ouvrir son smartphone, persuadé que tu avais trouvé un reste de Porto entre deux flacons de liqueur provinciale.
Je suis entré à l'heure dite, tu avais semé de pétales de rose toute l'entrée jusqu'au salon. Je me suis senti spécial cette soirée là, il y avait un vieux Hitchcock sur Youtube que tu ne voulais pas rater et nous ressemblions étrangement au couple sur l'écran qui n'arrivait pas à se retrouver, prisonniers des conventions sociales de l'époque. Nous nous sommes embrassés au premier frisson de vie coupable et je t'ai serrée dans mes bras pour une heure au moins.
Ce blog est un terrain de jeu personnel.
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samedi 17 août 2013
jeudi 25 juillet 2013
Résidence partagée
Nous avons apporté de la cuisine les coupes et le champagne sur un plateau. Il n'était pas frais, alors nous avons déposé un peu de glace pilée au fond des verres. J'avais un accroc à la manche droite de ma veste et trois trous de mites au niveau des épaules. Ta robe cachait heureusement l'une de tes trop rares paires de bas. C'était notre dernier galop, une grâce de plus, comme si nous avions épuisé tous les privilèges que l'on pouvait accorder aux habitants de ce monde.
Pourtant, malgré les ravages qui pouvaient se lire sur nos visages, l'âge inévitable et quelques difformités, toi, par abus d'alcool en compagnie de tes "grands seigneurs", moi par trop de rêveries consumées en un tapis de cendres froides et sèches à mon âme, nous ne pensions rien cacher, à personne, au contraire, nous faisions le bonheur de tant d'invités ou de ceux qui nous prenaient pour hôtes. Un couple de chevêches dans le grenier qui nous rejoignait parfois dans le salon, quelques souris gambadant entre les pieds des tables et qui leur servaient souvent de dîner. Et nos amis papillons de nuit qui nous empêchaient de dormir en se cognant aux ampoules brûlantes, car même fenêtres ouvertes, nous ne désirions éteindre la lumière.
Nous étions inséparables, une folie identique nous avait touchés à deux âges différents et au même instant. Selon tes dires, car tu avais une façon bien à toi d'envisager ce drame, si le reste du monde devenait progressivement malade, ou dément, même si nous devions rester les seuls capables de raison, c'étaient bien nous les fous au regard de la majorité. Et tu m'avais dit cela, tranquillement, car même une sale nouvelle ne peut atteindre ton humeur, ni espacer plus encore tes sourires.
De mon côté, rien de grave, absolument, je n'aurais pas eu peur de vivre seul, si tu avais choisi un crétin comme bacon quotidien, pour donner le change, tout en consommant en sandwich d'autres partenaires, j'aurais respecté ton choix de vie. Je n'en fais pas étalage mais je ne cache point mes faiblesses, elles me sont autant de médailles qui témoignent aussi de mes belles actions. Mais même à présent, réunis et amoureux, il nous reste que peu de temps à goûter la vie ensemble avant que l'on nous sépare.
Gabriel est venu hier matin nous proposer le marché suivant. Il avait négocié une sortie honorable, nous partirions dans le passé rejoindre une possibilité d'avenir meilleur. Cependant, il ne pouvait nous certifier une nouvelle vie heureuse et commune, nous ne saurions plus rien de ces temps-ci, et ce seraient à nos cœurs en sincérité de pouvoir nous reconnaître dans cet en-deçà sous le sceau de la Providence.
C'est pour cela que lorsque je te regarde boire la première à cette coupe...
Pourtant, malgré les ravages qui pouvaient se lire sur nos visages, l'âge inévitable et quelques difformités, toi, par abus d'alcool en compagnie de tes "grands seigneurs", moi par trop de rêveries consumées en un tapis de cendres froides et sèches à mon âme, nous ne pensions rien cacher, à personne, au contraire, nous faisions le bonheur de tant d'invités ou de ceux qui nous prenaient pour hôtes. Un couple de chevêches dans le grenier qui nous rejoignait parfois dans le salon, quelques souris gambadant entre les pieds des tables et qui leur servaient souvent de dîner. Et nos amis papillons de nuit qui nous empêchaient de dormir en se cognant aux ampoules brûlantes, car même fenêtres ouvertes, nous ne désirions éteindre la lumière.
Nous étions inséparables, une folie identique nous avait touchés à deux âges différents et au même instant. Selon tes dires, car tu avais une façon bien à toi d'envisager ce drame, si le reste du monde devenait progressivement malade, ou dément, même si nous devions rester les seuls capables de raison, c'étaient bien nous les fous au regard de la majorité. Et tu m'avais dit cela, tranquillement, car même une sale nouvelle ne peut atteindre ton humeur, ni espacer plus encore tes sourires.
De mon côté, rien de grave, absolument, je n'aurais pas eu peur de vivre seul, si tu avais choisi un crétin comme bacon quotidien, pour donner le change, tout en consommant en sandwich d'autres partenaires, j'aurais respecté ton choix de vie. Je n'en fais pas étalage mais je ne cache point mes faiblesses, elles me sont autant de médailles qui témoignent aussi de mes belles actions. Mais même à présent, réunis et amoureux, il nous reste que peu de temps à goûter la vie ensemble avant que l'on nous sépare.
Gabriel est venu hier matin nous proposer le marché suivant. Il avait négocié une sortie honorable, nous partirions dans le passé rejoindre une possibilité d'avenir meilleur. Cependant, il ne pouvait nous certifier une nouvelle vie heureuse et commune, nous ne saurions plus rien de ces temps-ci, et ce seraient à nos cœurs en sincérité de pouvoir nous reconnaître dans cet en-deçà sous le sceau de la Providence.
C'est pour cela que lorsque je te regarde boire la première à cette coupe...
dimanche 21 juillet 2013
Sevrage anonyme
C'était l'été, j'avais arrêté ma voiture dans un chemin en contrebas de la route, là où coule un torrent joyeux. Accroupi, j'ai pris le temps de passer de l'eau sur mon visage. Depuis le réveil, j'avais soif de toi.
J'entendais bien les chants des oiseaux mais ils ne me répondaient ni ne m'appelaient. N'ayant pas achevé ma nuit, je m'assis puis m'endormis sur un tapis de mousse, adossé à un arbre.
Vers midi, une jeune paysanne aux cheveux blonds, qui passait, me réveilla. Elle me fit un sourire moqueur et comme elle était penchée, j'aperçus la blancheur de sa peau dans l’ouverture de son corsage. Elle avait des yeux ivoires, aux iris bleu de cobalt qui brillaient sans effort. Nous commençâmes par échanger quelques phrases qui, curieusement, portaient sur la corruption des villes et la présence invisible d'une sorte de magicien noir qui tenait la civilisation en bride.
Elle semblait avoir deviné que tu existais et que j'étais en souffrance de toi, puisqu'elle me fit des compliments infidèles sur ma tenue et mon âge. Elle insista sur la plus belle chose, selon elle, qu'une femme puisse espérer : l’accueil des bras d'un homme.
Je l'écoutais sans peine et commençais à respirer, oubliant la charge de ton éloignement qui jusque-là m'oppressait. Je ne remarquais rien, pas même que je lui tenais la main pour la guider. Nous sommes sorti de l'encaissement où serpentait le torrent.
Elle riait à présent.
Le ciel bleu s'élargit sous nos pas.
Nous avons marché tout l'après-midi dans les herbes hautes des prairies, toujours face au vent, qu'elle semblait orienter de la pointe de son menton. Sa chemise finissait par découvrir ses épaules. Nous n'étions plus très loin de son logis.
Le soir était déjà oublié, lorsque nous nous retrouvâmes enlacés sans voix. Elle rompit alors :
"Ce que tu es en sentiment et en action, tu l'es lorsque tes pensées ne sont plus occupées par ce sentiment. Lorsque tu sens ce sentiment t'envahir, il demande que tu glisses en lui. Si tu restes au bord du précipice, toutes tes actions qui s'enchaîneront demeureront fausses."
J'entendais bien les chants des oiseaux mais ils ne me répondaient ni ne m'appelaient. N'ayant pas achevé ma nuit, je m'assis puis m'endormis sur un tapis de mousse, adossé à un arbre.
Vers midi, une jeune paysanne aux cheveux blonds, qui passait, me réveilla. Elle me fit un sourire moqueur et comme elle était penchée, j'aperçus la blancheur de sa peau dans l’ouverture de son corsage. Elle avait des yeux ivoires, aux iris bleu de cobalt qui brillaient sans effort. Nous commençâmes par échanger quelques phrases qui, curieusement, portaient sur la corruption des villes et la présence invisible d'une sorte de magicien noir qui tenait la civilisation en bride.
Elle semblait avoir deviné que tu existais et que j'étais en souffrance de toi, puisqu'elle me fit des compliments infidèles sur ma tenue et mon âge. Elle insista sur la plus belle chose, selon elle, qu'une femme puisse espérer : l’accueil des bras d'un homme.
Je l'écoutais sans peine et commençais à respirer, oubliant la charge de ton éloignement qui jusque-là m'oppressait. Je ne remarquais rien, pas même que je lui tenais la main pour la guider. Nous sommes sorti de l'encaissement où serpentait le torrent.
Elle riait à présent.
Le ciel bleu s'élargit sous nos pas.
Nous avons marché tout l'après-midi dans les herbes hautes des prairies, toujours face au vent, qu'elle semblait orienter de la pointe de son menton. Sa chemise finissait par découvrir ses épaules. Nous n'étions plus très loin de son logis.
Le soir était déjà oublié, lorsque nous nous retrouvâmes enlacés sans voix. Elle rompit alors :
"Ce que tu es en sentiment et en action, tu l'es lorsque tes pensées ne sont plus occupées par ce sentiment. Lorsque tu sens ce sentiment t'envahir, il demande que tu glisses en lui. Si tu restes au bord du précipice, toutes tes actions qui s'enchaîneront demeureront fausses."
vendredi 12 juillet 2013
Notre épitaphe
Un jour quelqu'un écrira notre épitaphe commune. Bien que nous soyons de parfaits inconnus pour la plus grande part du monde et que notre amour soit plus secret que le glissement d'une molécule d'eau contre une autre au fond de l'océan.
Cette épitaphe ne sera pas écrite sur nos tombes, elles ne seront d'ailleurs pas plus jointes par elle. Elle se synthétisera comme l'écume sur les rochers pour disparaître et renaître ailleurs. Elle n'aura pas de fin et se transportera d'une planète vivante vers une autre.
L'artiste qui la produira est un être juste, qui, de passage, se sera arrêté un instant, tout près de l'un de nos lieux favoris, aura senti la présence d'un amour sincère et généreux, qui continue de couler comme une source vive.
La langue de cette épitaphe sera compréhensible par toutes les intelligences de l'univers, et peut-être même sera-t-elle créée pour l'occasion. Elle n'aura pas plus de mots qu'il n'en faut pour comprendre comment on allume ou éteint une chandelle.
Trois enfants, un jour, captureront son message en l'écrivant au hasard sur le sable. Et leur seront épargnés, pour la suite de leur vie, peines et tristesses communes à tous les esprits sensibles. Ils nous ressembleront sans le savoir et briseront dans l'espace de leur vie, autant de chaînes que chaque prisonnier qu'ils approcheront auront eu de larmes.
Cette épitaphe ne sera pas écrite sur nos tombes, elles ne seront d'ailleurs pas plus jointes par elle. Elle se synthétisera comme l'écume sur les rochers pour disparaître et renaître ailleurs. Elle n'aura pas de fin et se transportera d'une planète vivante vers une autre.
L'artiste qui la produira est un être juste, qui, de passage, se sera arrêté un instant, tout près de l'un de nos lieux favoris, aura senti la présence d'un amour sincère et généreux, qui continue de couler comme une source vive.
La langue de cette épitaphe sera compréhensible par toutes les intelligences de l'univers, et peut-être même sera-t-elle créée pour l'occasion. Elle n'aura pas plus de mots qu'il n'en faut pour comprendre comment on allume ou éteint une chandelle.
Trois enfants, un jour, captureront son message en l'écrivant au hasard sur le sable. Et leur seront épargnés, pour la suite de leur vie, peines et tristesses communes à tous les esprits sensibles. Ils nous ressembleront sans le savoir et briseront dans l'espace de leur vie, autant de chaînes que chaque prisonnier qu'ils approcheront auront eu de larmes.
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