Il y a une dizaine d'années, j'ai eu le plaisir de rencontrer la directrice d'un département de la Bibliothèque Nationale de France. Elle me disait qu'elle vivait un bonheur particulier au milieu de documents précieux accumulés dans des boîtes et des cartons, sur le site de Richelieu.
On ne peut expliquer qu'en de rares instants le bonheur qu'on vit. C'est à dire lorsqu'on constate sa chance parce qu'on réussit à la matérialiser par l'exemple d'un des ses actes quotidiens. Pour cette dame, c'était d'ouvrir dans le stock dont elle avait la garde, une partition sur laquelle Mozart avait travaillé, et de s'imaginer qu'un peu de l'air qu'il avait respiré puis exhalé se retrouvait pris au piège du papier.
Etre conservateur en politique ou en société, est similaire à cela. C'est se rendre compte qu'un peu du bon sens passé, accompli avec les âges, s'est transmis, comme capturé dans les structures abstraites qui nous entourent : lois ou fonctionnement naturels d'institutions. Le témoin entre les générations n'est pas la somme de l'héritage, ni les règles que nous inventons ou la superposition d'idioties par vagues successives. Une tranche géologique d’âneries où notre conscience du progrès ne manquera pas de déposer quelques couches des siennes. Le véritable témoin est ce qui continue de faire sens derrière ce qui a été maladroitement écrit, respecté, puis raturé et bousculé.
L'illusion particulière à notre époque est de croire que l'esprit et la lettre peuvent se trouver aisément rassemblés en un bréviaire accessible aux gens diplômés ou au courant.
C'est une erreur commune à présent, se croire immune des effets de la maladresse, de la lourdeur puis de la grossièreté de jugement. Les règles édictées par l'application du progressisme peuvent être aussi médiocres que celles du passé, parce que nous prenons lentement mais sûrement l'habitude de les suivre sans examen.
Thierry Lhôte
Technologie avec la foi et le plaisir d'écrire.
"Intellectus naturaliter desiderat esse semper"
Saint Thomas d'Aquin
samedi 12 mai 2012
vendredi 11 mai 2012
Obama : spécialiste du slalom géant
Depuis l'annonce du Président sortant des Etats-unis d'Amérique, validant à titre personnel le mariage gay, d'autres éléments sont venus achever le portrait de cette séquence médiatique.
Nul doute, Barack Obama est le maître des émotions télévisuelles auxquelles il confère un intemporel quasi-mystique. Il joue avec art de la révélation contemporaine, comme un homme offrant à regret sa vie privée en pâture, comme un sauveur malgré lui, malgré les tourments de son âme, il laisse sa chance à la vérité qui devrait éclore, un jour prochain, au sein du Paradis retrouvé. Vérité renforcée par l'aveu qui est une démonstration publique de l'écoute que tout père responsable devrait avoir du sentiment de ses propres enfants. Un exemple à suivre, vraiment.
Le courage de cet homme électrise les foules bobos ou les wannabes citadins. Il contemple l'infini progressiste comme jadis nos grands hommes fixaient la ligne bleue des Vosges. Nous devrions comprendre de quel enfer moral nous avons à nous dépêcher de nous extraire, avant que le Moyen Age nous rattrape, et montrer à la barbarie de quel bois nous nous chauffons. De quels gigantesques efforts sur nous-mêmes nous aurons à témoigner pour nous convertir à un monde plus juste.
En fait, l'impuissance économique ne laisse plus d'autre choix que de racler les fonds de tiroir des idées de progrès. Elle s'aimante ou se distrait sur les avancées sociétales : le social est absent ou ne grise plus parce que les dettes ne suivent plus le progrès dans leur extension infinie de bonté, et c'est à ce moment qu'il ne faut pas se décourager : croire à l'apparition ou l'encadrement de nouvelles libertés pour consacrer notre bonne volonté perpétuelle. Montrer que nous ne céderons point un seul centimètre à l'emprise du mal. Mais de quel mal, au juste ?
Et l'impuissance économique, comme le crime dans les superproductions d'Hollywood ne devrait pas payer. Mais elle paie quand même, cela va sans dire, pourvu que l'on s'aligne et que l'on mette son titre au service d'une grande cause. Dans la foulée de son interview pour la chaîne ABC, où un président américain donnait, pour la première fois, son aval au mariage de personnes du même sexe, Georges Obama assistait à un dîner de soutien à la Cause, dans la propriété de son confrère acteur Barack Clooney, récoltant au passage 15 millions d'unités impérées pour sa réélection providentielle.
Mais il fallait avant tout chose tordre le cou à la riposte publique et contre-révolutionnaire, à la réaction en somme, celle du gros bon sens. J'entends par là des gens de mauvaise foi sur le cable, une Etoile noire de l'Empire de la confusion : Fox News. Il ne fallait pas laisser croire comme dans une série B policière que nous assistions là à une simple transaction entre prêteur et obligé. Ce qui fait que pour dissiper tout malentendu, le Vice-Président Joe Biden s'excusa d'en avoir trop fait sur le soutien aux homosexuels, et d'avoir forcé, à son grand regret, la main du Président sur le sujet. Le pardon de sa Sécularité vint naturellement, puisqu'il savait que son ami n'avait fait que "laisser parler son coeur" (sic).
Alors je ne sais plus dans quel registre nous évoluons : bénédiction parfaite pour les uns, péché à demi-avoué pour les autres ? "Comprenne qui pourra et qui me comprend, me suivra". Le message qui a été donné satisfera tout le monde puisque tout le monde sera en mesure d'y trouver sa propre part de doute ou de honte conservateurs.
Ce qui est sûr c'est que plus de 28 Etats américains ont voté dans leur constitution une loi définissant le mariage comme dans la Bible. Il est des sujets auxquels un candidat démocrate à la présidentielle ne peut toucher aux Etats-unis sans compromettre inutilement ses chances, en provoquant un retour de flammes dans les urnes. Ce sont les 3G, c'est à dire "Gay, Guns & God". Barack Obama vient de s'offrir grâce à son talent une partie de slalom idéologique digne des plus grands. Un tour de passe passe puissant qui ne vexera personne.
Nul doute, Barack Obama est le maître des émotions télévisuelles auxquelles il confère un intemporel quasi-mystique. Il joue avec art de la révélation contemporaine, comme un homme offrant à regret sa vie privée en pâture, comme un sauveur malgré lui, malgré les tourments de son âme, il laisse sa chance à la vérité qui devrait éclore, un jour prochain, au sein du Paradis retrouvé. Vérité renforcée par l'aveu qui est une démonstration publique de l'écoute que tout père responsable devrait avoir du sentiment de ses propres enfants. Un exemple à suivre, vraiment.
Le courage de cet homme électrise les foules bobos ou les wannabes citadins. Il contemple l'infini progressiste comme jadis nos grands hommes fixaient la ligne bleue des Vosges. Nous devrions comprendre de quel enfer moral nous avons à nous dépêcher de nous extraire, avant que le Moyen Age nous rattrape, et montrer à la barbarie de quel bois nous nous chauffons. De quels gigantesques efforts sur nous-mêmes nous aurons à témoigner pour nous convertir à un monde plus juste.
En fait, l'impuissance économique ne laisse plus d'autre choix que de racler les fonds de tiroir des idées de progrès. Elle s'aimante ou se distrait sur les avancées sociétales : le social est absent ou ne grise plus parce que les dettes ne suivent plus le progrès dans leur extension infinie de bonté, et c'est à ce moment qu'il ne faut pas se décourager : croire à l'apparition ou l'encadrement de nouvelles libertés pour consacrer notre bonne volonté perpétuelle. Montrer que nous ne céderons point un seul centimètre à l'emprise du mal. Mais de quel mal, au juste ?
Et l'impuissance économique, comme le crime dans les superproductions d'Hollywood ne devrait pas payer. Mais elle paie quand même, cela va sans dire, pourvu que l'on s'aligne et que l'on mette son titre au service d'une grande cause. Dans la foulée de son interview pour la chaîne ABC, où un président américain donnait, pour la première fois, son aval au mariage de personnes du même sexe, Georges Obama assistait à un dîner de soutien à la Cause, dans la propriété de son confrère acteur Barack Clooney, récoltant au passage 15 millions d'unités impérées pour sa réélection providentielle.
Mais il fallait avant tout chose tordre le cou à la riposte publique et contre-révolutionnaire, à la réaction en somme, celle du gros bon sens. J'entends par là des gens de mauvaise foi sur le cable, une Etoile noire de l'Empire de la confusion : Fox News. Il ne fallait pas laisser croire comme dans une série B policière que nous assistions là à une simple transaction entre prêteur et obligé. Ce qui fait que pour dissiper tout malentendu, le Vice-Président Joe Biden s'excusa d'en avoir trop fait sur le soutien aux homosexuels, et d'avoir forcé, à son grand regret, la main du Président sur le sujet. Le pardon de sa Sécularité vint naturellement, puisqu'il savait que son ami n'avait fait que "laisser parler son coeur" (sic).
Alors je ne sais plus dans quel registre nous évoluons : bénédiction parfaite pour les uns, péché à demi-avoué pour les autres ? "Comprenne qui pourra et qui me comprend, me suivra". Le message qui a été donné satisfera tout le monde puisque tout le monde sera en mesure d'y trouver sa propre part de doute ou de honte conservateurs.
Ce qui est sûr c'est que plus de 28 Etats américains ont voté dans leur constitution une loi définissant le mariage comme dans la Bible. Il est des sujets auxquels un candidat démocrate à la présidentielle ne peut toucher aux Etats-unis sans compromettre inutilement ses chances, en provoquant un retour de flammes dans les urnes. Ce sont les 3G, c'est à dire "Gay, Guns & God". Barack Obama vient de s'offrir grâce à son talent une partie de slalom idéologique digne des plus grands. Un tour de passe passe puissant qui ne vexera personne.
Libellés :
Barack Obama,
mariage gay,
Mitt Romney,
USA 2012
Un amour d'enfance de province
Il se fait tard, je regarde une dernière fois le jardin à l'abandon. Les trente minutes précédentes de l'après-midi passées entre les livres que tu tenais parfois dans tes mains, dérisoires ces vieux policiers de poches que nous emmenions au lycée, au fond de musettes de l'armée américaine, pour perfectionner notre anglais. Achevant l'étagère, quelques Borges et le Quichotte en bilingue, Lao, Tchouang et Sun, Nietzsche, les Elégies de Duino puis le Loup des steppes ; tu vois, je viens une nouvelle fois de perdre ta trace...
Par moment, tu te montrais rude avec moi et pourtant si intriguée, si proche, rougissante des poèmes que je t'adressais, qui avaient l'excuse d'être bien naïfs, tendres et plats, que tu ne pouvais t'empêcher de lire... Sur un changement de saison, nos regards ne se sont plus croisés, un lien invisible s'est établi, par l'éloignement. J'ai accueilli cette nuit de l'âme avec mes premiers tunnels de bière, tel un adulte, et toujours comme un enfant qui ne peut mettre le doigt sur le sens d'une séparation.
J'imaginais alors que nous nous retrouverions passé le cap de la trentaine, par hasard, comme dans un film d'Eric Rohmer, dans le flot de passagers d'une grande gare parisienne, chacun le billet en poche vers sa destination provinciale, et que nous prendrions le temps de partager un café, debout, les yeux dans les yeux.
Je ne m'étais trompé que d'endroit, ce rendez-vous improbable eu lieu en automne, alors que nous nous étions séparé au commencement de l'été une quinzaine d'années plus tôt. Je fumais en silence, écoutant un ami dans le tumulte d'une brasserie du quartier latin. Tu es entrée avec à ta suite un jeune chevelu qui devait représenter dix années de moins que toi, ou alors était-ce ton curieux attrait pour les visages d'angelots inexpressifs ?
Lorsque j'ai rejoint ta table en remettant ma main gauche aux creux des tiennes, tu me souris et ta première question, inquiète, fut : "Est-ce que j'ai changé ?"
Par moment, tu te montrais rude avec moi et pourtant si intriguée, si proche, rougissante des poèmes que je t'adressais, qui avaient l'excuse d'être bien naïfs, tendres et plats, que tu ne pouvais t'empêcher de lire... Sur un changement de saison, nos regards ne se sont plus croisés, un lien invisible s'est établi, par l'éloignement. J'ai accueilli cette nuit de l'âme avec mes premiers tunnels de bière, tel un adulte, et toujours comme un enfant qui ne peut mettre le doigt sur le sens d'une séparation.
J'imaginais alors que nous nous retrouverions passé le cap de la trentaine, par hasard, comme dans un film d'Eric Rohmer, dans le flot de passagers d'une grande gare parisienne, chacun le billet en poche vers sa destination provinciale, et que nous prendrions le temps de partager un café, debout, les yeux dans les yeux.
Je ne m'étais trompé que d'endroit, ce rendez-vous improbable eu lieu en automne, alors que nous nous étions séparé au commencement de l'été une quinzaine d'années plus tôt. Je fumais en silence, écoutant un ami dans le tumulte d'une brasserie du quartier latin. Tu es entrée avec à ta suite un jeune chevelu qui devait représenter dix années de moins que toi, ou alors était-ce ton curieux attrait pour les visages d'angelots inexpressifs ?
Lorsque j'ai rejoint ta table en remettant ma main gauche aux creux des tiennes, tu me souris et ta première question, inquiète, fut : "Est-ce que j'ai changé ?"
Inscription à :
Messages (Atom)